L’AILE DES VIERGES

LAURENCE PEYRIN

9782702161760-001-TAngleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd. Car aujourd’hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d’une des premières suffragettes, fille d’une sage-femme féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe.

Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s’installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n’est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu’elle n’est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d’un long chemin passionnel vers la liberté.

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Dès les premières pages, j’ai senti que ce serait un livre coup de coeur et au fil de la lecture, mon avis s’est confirmé. En même temps, c’est Laurence Peyrin, je suis fan et je me doutais que l’histoire m’enchanterait.

L’amour, l’ambition, le féminisme, la liberté, voilà des mots forts qui prennent tout leur sens avec Maggie, jeune femme pour qui la vie n’a pas vraiment souri jusqu’à présent, mais elle compte bien prendre sa revanche, même si pour l’instant elle doit se contenter d’être une simple domestique à « Sheperd House », manoir du Kent.

Domestique ce n’est pas vraiment ce qu’espérait Maggie, elle qui rêvait d’être médecin et de marcher dans les pas de sa mère et de sa grand-mère, des féministes d’avant garde, des femmes indépendantes qui se sont battues pour obtenir des droits. Il faudra pourtant qu’elle s’en contente pour le moment, son mari vient de décéder, elle est seule et sans revenus, cet emploi à Sheperd House lui permettra de se constituer un bas de laine pour la suite.

Quel univers particulier ce manoir, l’aristocratie anglaise dans toute sa splendeur !  une maîtresse de maison futile du style « sois belle et tais toi »,  à cheval sur les convenances et sa garde robe, voici Pipa Lyon-Thorpe, baptisée « Pipa ma chère » par Maggie et j’ai comme un doute quant aux relations entre cette aristocrate et la pétillante Maggie.

Ce n’est pas important,  Maggie pourra compter sur la solidarité de ses collègues, mais là encore, elle découvre bien vite des  employées soumises qui n’ont pas inventé le fil à couper le beurre et qui n’imaginent pas un seul instant,  qu’en dehors de Sheperd House il puisse y avoir un ailleurs.

Maggie dénote énormément dans ce lieu trop feutré, trop comme il faut, poudre aux yeux, snob et dégingandé mais bien vite elle se rend compte que quelqu’un d’autre étouffe dans cet endroit, Sir John Lyon-Thorpe qui n’est autre que le maître de maison, époux peu heureux de Pipa ma chère !!

Ses deux là se ressemblent finalement, Sheperd House n’est pas leur tasse de thé, ils fuient les convenances, ont des rêves de liberté, un ailleurs où ils pourraient être comme ils en ont envie. Maggie aime l’esprit et le flegme britannique du maître de maison, son charisme et son élégance et il faut avouer qu’elle n’est pas insensible à son charme.  Lui découvre tout de suite que cette domestique ne ressemble à aucune autre,  c’est une femme intelligente,  cultivée et belle de surcroît.

Le coup de foudre est réciproque, tout les sépare et pourtant ils se rapprochent dangereusement, une passion charnelle et dévorante, une admiration mutuelle, un rêve qui pourrait se réaliser si l’on s’en donne les moyens, des promesses de part et d’autre…. l’auteure nous embarque dans cette danse langoureuse et irréelle et on se met à rêver mais jusqu’à quand ?

Doit-on tout sacrifier par amour ? Maggie n’a t’elle pas déjà trop donné avec son ancien mari, n’a-t-‘elle pas eu son lot de souffrances morales et physiques ? Peut-elle avoir confiance en cet aristocrate qui lui promet le graal et surtout est ce qu’elle en a véritablement envie ? ne se laissera t’elle pas dévorer par l’ambition ?

Laurence Peyrin nous dévoile l’histoire comme une toile de maître, on devine les couleurs mais parfois elles prennent des teintes différentes. Je suis à fond derrière Maggie, je respecte ses rêves et ses ambitions, je ne la comprends pas toujours mais je ne perds pas de vue ses objectifs et son féminisme avoué. Je suis impressionnée par son courage et ce parcours semé d’embûches, elle gravit les marches une à une, pour atteindre son but ultime. A un moment donné du livre je ne sais plus ce qu’elle veut réellement, je suis paumée,  mais ça c’est pour le suspens, parce que l’auteure aime prendre des chemins de traverse pour brouiller les pistes et réveiller nos sentiments contradictoires.

Je vois en John Lyon-Thorpe le sosie de Clark Gabble, ne me demandez pas pourquoi, dès le début du livre, l’image de cet acteur s’est tout de suite imposée à moi,  c’est curieux quand même !!! par contre, je n’arrive pas à m’imaginer le physique de Maggie, même si l’auteure nous la décrit parfaitement ….. en même temps ce n’est pas important !

J’aime beaucoup Sir John Lyon-Thorpe, d’abord parce qu’il ne se la joue pas aristo, il est en décalage avec ce monde factice, ensuite parce qu’il aime la nature et les grands espaces, les animaux, et qu’il décèle tout de suite la vivacité d’esprit de Maggie, qu’il se livre sans en avoir l’air, qu’il n’a pas peur d’être amoureux et de le clamer,  une sorte de force tranquille sur laquelle il doit faire bon se reposer.

Dans cette histoire il y a deux Maggie et j’avoue que la deuxième m’a fait très peur ! j’ai  été, un peu,  contrariée, l’histoire n’allant pas dans le sens que j’espérais….. forcément, ça aurait été trop facile, puis ce n’est pas ce que l’auteure voulait nous donner, il y a certains points sur lesquels elle voulait insister,  c’était pourtant la suite logique, l’ambition, la réussite, j’en ai parlé plus haut, mais voilà que, paradoxalement, Sheperd House me manquait, – à moins que ce ne soit la belle histoire entre John et Maggie- !!

Dans la seconde partie, j’avais l’impression tout à coup d’être dans une autre époque, Maggie bâtissait sa nouvelle vie et  faisait fi de ce passé qui pourtant l’avait construite, j’avais peur de décrocher, j’avais peur que Maggie passe à côté, qu’elle fasse de mauvais choix, que l’ambition efface tout et l’aveugle à jamais…. mais qui suis-je donc pour la juger !!!

Coquine Laurence Peyrin qui nous tient en haleine jusqu’au bout, jusqu’au dénouement final, elle tourne et retourne, nous embrouille à merveille et là je me dis, non, elle n’a pas osé,  je vais être contrarié pour au moins 10 jours avec une fin qui ne me conviendrait pas…. Suis-je contrariée, ne le suis-je pas…. Ca fait partie du suspense….

J’ai adoré ce mélange de sentiments, de situations, le décalage entre les personnages et surtout cette histoire entre deux êtres que tout sépare, ça prouve que l’amour n’a ni frontière, ni couleur, ni milieu social, Cupidon n’est pas sélectif, rien n’est calculé, si on se donne les moyens de vivre ses rêves on peut y parvenir.

Merci Laurence Peyrin, c’est pour moi un ENORME coup de coeur, mais ça vous l’aviez tous compris !!

EDITIONS : CALMANN LEVY – ISBN 9 782702 161760 – avril 2018 – 466 pages 

 

 

 

 

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