ON SE RETROUVERA

MADELEINE GOLDSTEIN

On-se-retrouveraTrois mois de détention dans les geôles de Fresnes, trois jours de convoi de Drancy à Auschwitz dans le même wagon à bestiaux, trois secondes pour s’étreindre et se promettre « on se retrouvera »…

Jacques et Madeleine Goldstein n’ont pas vingt cinq ans le 1er mai 1944 lorsqu’ils sont séparés sur la rampe de Birkenau. Piégés par la Gestapo pour faits de résistance, ils sont coupables aux yeux de l’Allemagne nazie d’un délit inexpiable encore : celui d’être nés juifs. S’ils doivent un jour se retrouver, ce sera dans l’autre monde…

C’est un livre témoignage concernant la déportation dans cette horrible période de la seconde guerre mondiale et si on retrouve beaucoup de faits identiques lus dans d’autres récits,  l’histoire de chaque famille reste unique et n’appartient qu’à elle seule.

Madeleine Goldstein a tenu à témoigner de ce qu’elle a vécu lorsqu’elle a été déportée avec son mari, Jacques. C’est un témoignage important, chaque témoignage l’est, parce que ça fait partie de la transmission et du devoir de mémoire, pour ne jamais oublier, pour que plus jamais cela ne recommence.

Madeleine est née à Paris, elle est juive ashkénaze, ses parents sont originaires de Pologne, pays qu’ils ont quitté pour fuir les pogroms et l’oppression. Chez elle on parle en Yiddish mais les prénoms de ses parents ont été francisés.  Elle nous décrit son enfance heureuse, ses rêves, ses projets et sa rencontre avec Jacques, juif dont la famille est originaire de Pologne elle aussi.

Ils sont amoureux mais ils sont encore jeunes, leur vie est rythmée par les sorties au cinéma, les rencontres à la synagogue, les manifestations et fêtes juives,  ils se fréquentent, ils s’aiment et ont toute la vie devant eux mais la guerre se profile insidieusement, Madeleine a alors 18 ans et s’aperçoit qu’elle est enceinte.  La date du mariage est fixée même si les familles ne voient pas cette union d’un bon oeil, ils avaient d’autres projets pour leurs enfants.

1939 c’est ce qu’on appelle la drôle de guerre, elle se situe entre le 3 septembre 1939, date à laquelle la France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne après l’invasion de la Pologne, jusqu’au 10 mai 1940, date à laquelle la Belgique, les Pays-Bas et la France sont envahis par les Allemands.  Madeleine et Jacques sont mariés et donnent naissance à une jolie petite fille qu’ils prénomment Rosette. Ils vont vite découvrir qu’il ne fait pas bon être juif à Paris et ils vont s’enfuir pour Lyon où ils vont s’installer et trouver du travail. Ils vont également rejoindre un réseau de résistance.

La vie est dure, le froid, la faim, la peur, la guerre est bien là cette fois. Madeleine et Jacques travaillent et se débrouillent pour que Rosette ne manque de rien, en parallèle, ils effectuent des actions pour la résistance. Tout bascule le jour où, lors d’une mission à Paris, Madeleine et Jacques  sont arrêtés et emprisonnés à Fresnes. A partir de ce moment là, c’est l’incertitude, la vie ne tient plus qu’à un fil, et la déportation vers Auschwitz va les emmener aux portes de la mort.

Séparés sur la rampe de Birkenau qui dessert les convois en destination d’Auschwitz, ils se promettent de se retrouver quand tout sera terminé, parce qu’il y a cette petite fille cachée là bas à Lyon, parce qu’ils s’aiment et que l’amour est une force incommensurable, parce qu’il y a cette volonté de vivre et de s’en sortir, parce qu’ils vont survivre pour tous les autres, ceux qui n’auront pas la force de continuer, ceux qui n’auront pas eu de chance, leurs camarades qu’ils verront tomber, ils témoigneront et vivront pour eux, ils en font le serment.

Ils vont survivre, chaque jour debout est une victoire, ils vont tout supporter, le froid, la faim, la saleté, les actes barbares, les chambres à gaz, les sélections, les maladies, les conditions inhumaines. Rien ne leur sera épargné.

C’est un combat inégal, une bataille quotidienne contre la mort, l’horreur est là chaque jour, mais, chacun de leur côté, ils tiennent et s’accrochent. L’auteure nous décrit les conditions inhumaines de vie dans ces bâtiments où la mort est partout, bien sûr on est chamboulé, éprouvé par la lecture, mais cette lecture, si dure soit-elle, on le leur doit, on se doit de les écouter,  d’apprendre et se souvenir pour transmettre à notre tour.

Madeleine et Jacques ont attendu 50 ans avant de témoigner de ce qu’ils avaient vécu.  Il y a des déportés qui n’ont jamais pu raconter. Jacques est décédé en 2005, Madeleine l’a rejoint trois ans plus tard et je  suis persuadée que tous les deux, ils se sont retrouvés, là bas, dans un ailleurs que l’on ne connaît pas.

C’est un beau témoignage, c’est un beau livre, même si le sujet ne s’y prête pas vraiment.

JACQUES ET MADELEINE GOLDSTEIN PEUVENT DORMIR EN PAIX. LEUR HISTOIRE D’AMOUR LEUR SURVIT. NOUS NE LES OUBLIERONS JAMAIS

EDITIONS : ARCHI POCHE (L’ARCHIPEL 2006) – ISBN 978-2-35287-713-4 – Janvier 2015 – 232 pages 

 

 

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