KINDERZIMMER

VALENTINE GOBY

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En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus  de quarante mille détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l’énergie de survivre au plus profond d’elle même, puiser quotidiennement la force d’imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a 20 ans, elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort. 

Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité : la kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons un point de lumière dans les ténèbres. 

Je me suis demandée pourquoi je voulais lire ce livre, je savais qu’il me bouleverserait mais j’étais loin de m’imaginer à quel point j’allais être ébranlée. J’en suis ressortie assez éprouvée il faut l’avouer, mais je crois que c’est une lecture indispensable parce que le devoir de mémoire et de transmission sont indéniables.

Comment résumer un tel livre, trouver les mots qu’il faut pour ne pas heurter, pour que ça ne sonne pas faux, je n’ai pas cherché ni à faire du beau, ni à faire du spectaculaire, j’ai simplement résumé mon ressenti. Il y a des livres plus difficiles que d’autres à chroniquer, celui-ci en fait partie.

Mila, de son vrai nom Suzanne est une résistante. Elle a 20 ans lorsqu’elle est arrêtée et emprisonnée à Fresnes. En avril 1944, elle est déportée en Allemagne et se retrouve dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Dès lors c’est l’enfer qui commence pour elle et pour toutes les personnes prisonnières de ce camp, un endroit où règnent la terreur et la mort,  où il n’y a plus une once d’humanité, un lieu où l’unique but est de tenter de survivre dans des conditions extrêmes. La faim, le froid, l’humidité, l’absence d’hygiène, les maladies infectieuses, les bagarres pour un morceau de pain sont le lot quotidien de ces femmes qui s’enfoncent un peu plus à chaque instant et tentent, malgré tout, de rester debout.

Mila est enceinte mais ne le dit pas, elle veut protéger cette vie qui pousse en elle et chaque jour qui passe est une petite victoire, tenir et encore tenir parce qu’il y a cet enfant et parce que malgré la laideur il y a des lueurs d’espoir infimes qui aident à avancer.  Elle trouve un peu de chaleur et de réconfort auprès de Teresa, une polonaise avec qui elle se lie d’amitié, ensemble on est plus fort même quand on n’a rien, que le ciel est noir et que l’horizon est bouché.

L’amitié et la solidarité existent encore dans ce lieu où tout n’est que puanteur et noirceur, et heureusement qu’il y a cette petite lumière, si faible soit-elle, pour continuer à se tenir debout.

Plus on avance dans le livre, plus la lecture est éprouvante, on respire à peine et on ne cesse de penser à cet enfant, comment peut-il vivre et s’épanouir dans ce ventre fatigué, usé, privé de nourriture, privé de tout !

Quand Mila découvre qu’il existe un endroit pour les bébés on respire un peu, l’espoir renaît mais il est de courte durée parce que cette kinderzimmer n’est, ni plus, ni moins qu’un endroit où on entrepose les nourrissons, un peu comme on stockerait du matériel. La pièce est dépourvue d’hygiène, il faut se battre pour avoir du lait en poudre, et les mamans sous alimentées et fatiguées n’ont plus de lait, il fait froid, il n’y a pas de couches, Il n’y a rien pour accueillir un bébé, n’ayons pas peur des mots, c’est un mouroir.

Mila donne la vie dans des conditions horribles, brutales, inimaginables, l’humain est réduit à l’état d’animal mais l’amour prime et la fusion entre mère et enfant est immédiate, il va falloir trouver de nouvelles  ressources pour garder l’enfant en vie, Mila n’est plus seule désormais, ils sont deux dans cet enfer qui semble sans fin.

Est ce que l’on peut appeler cela un beau livre, je ne sais même pas parce qu’il y a tellement d’horreur qu’on aurait du mal à le qualifier de beau et pourtant au dessus de tout cela, de cet indicible enfer, il y a cette belle histoire pleine d’espoir et d’abnégation et cet amour qui pousse à se surpasser,  l’instinct de survie devient plus fort que tout, alors oui, on peut le qualifier de beau parce que l’écriture est remarquable.

C’est une lecture  que je recommande parce qu’il ne faut jamais oublier ce qu’il s’est passé dans les camps durant la seconde guerre mondiale. Parce qu’il ne faut plus jamais que cela ne recommence. Parce que l’humain est capable du meilleur comme du pire, parce que les vieux démons ne sont jamais bien loin et que les négationnistes ont encore de beaux jours devant eux.

EDITIONS : BABEL  (Première edition Actes Sud 2013) – ISBN 9 782330 048631 – mars 2015 – 220 pages 

 

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