SON VRAI VISAGE

Karin Slaughter

Karin slaughter.jpgLe métier de Laura consiste à soigner les troubles de la parole. Dans sa profession elle est reconnue et admirée. Elle a pourtant plus de difficultés quand il s’agit de faire parler sa fille de trente ans, qui semble multiplier les échecs en tout genre.

Il aura suffi qu’elle l’invite au restaurant pour avoir une vraie discussion mère-fille. Il aura suffi qu’un gamin armé entre en scène, il aura suffi d’un unique coup de couteau pour que tout bascule. Andy vient de voir sa mère tuer un homme, sans une once d’hésitation. Efficace, calme, Andy vient de comprendre que sa mère n’est peut-être pas celle qu’elle prétend. 

Numéro 1 sur les listes internationales de best-sellers, Karin Slaughter est l’une des auteures les plus populaires et les plus plébiscitées dans le monde, mince je ne la connaissais pas du tout, j’ai presque honte, mais à ma décharge, je ne suis pas addict de polars bien que je ne rechigne pas à en lire de temps en temps.

572 pages c’est effrayant, comment vais-je m’en tirer moi qui suis plutôt branchée romance ? ….. même pas peur, j’ai attaqué l’ouvrage comme on attaquerait une énorme part de fondant au chocolat et finalement il faut avouer que j’ai savouré !

Andy, jeune femme de trente et un ans, vit dans un petit studio au dessus du garage de sa mère Laura, brillante orthophoniste. Elle se cherche, ne trouve pas sa voie, passe de petits boulots en petits boulots.   Exilée un temps à New-York pour y faire des études d’art, elle est rentrée avant l’obtention de son diplôme parce que sa mère était atteinte d’un cancer. Depuis, elle végète dans un commissariat de police en qualité de secrétaire -si toutefois on peut qualifier son poste de cette façon- Andy travaille de nuit, a peu d’amis et passe une partie de sa journée à dormir. Elle a d’excellents rapports avec Gordon qui n’est pas son père biologique mais l’ex mari de sa mère, avec qui elle semble s’exprimer bien plus facilement.

Pour son anniversaire, Laura l’invite à déjeuner dans un restaurant d’un centre commercial, il est temps d’avoir une bonne conversation une fois pour toutes mais là encore une fois et comme à son habitude, Andy se dérobe, ne s’exprime pas ou peu, pire elle semble absente lorsqu’un coup de feu la sort de sa torpeur, un homme vient d’entrer avec une arme et il tue une jeune femme assise un peu plus loin. Laura pousse sa fille pour la mettre à l’abri, l’homme s’avance vers elles, Laura s’interpose, semble le maîtriser, et, avec un couteau, le tue, froidement, calmement, sans une pointe de peur ou de stress, comme une machine bien entraînée….

Andy est sous le choc, comment cette femme qui est sa mère a t’elle pu agir aussi  mécaniquement, sans aucune émotion ? La presse s’emballe, sa mère fait la une des journaux télévisés, l’angoisse monte, comment va se passer la suite,  Laura sera-t’elle reconnue en état de légitime défense ou sera t’elle inculpée pour assassinat ? Mais tout cela n’est rien à côté de ce qui attend Andy pour la suite puisque sa mère lui demande de fuir et tout semble déjà bien préparé depuis longtemps !

La jeune femme ne pose pas de questions,  pas plus qu’elle ne comprend l’urgence qu’il y a à fuir, fuir quoi d’abord ? Andy n’a rien fait, c’est sa mère qui a poignardé l’homme du restaurant. En quoi est-elle concernée ? Pourtant elle s’exécute et prend la route.

L’auteure nous emmène dans une course effrénée dont on ne semble jamais voir la fin. On ne sait ni pourquoi ni comment mais elle jongle habilement entre passé et présent et petit à petit on déchiffre les codes et on comprend mieux l’attitude de Laura, pourquoi elle éloigne sa fille et lui a laissé des tonnes de directives à suivre absolument. On découvre aussi qu’elle n’est pas celle qu’elle veut bien laisser croire et que si elle s’est rangée et contenue dans son métier d’orthophoniste, elle traîne un passé douloureux, voire violent qui a fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui.

Tout est carré, une multinationale qui profite de la pauvreté et du désarroi de certaines personnes pour s’enrichir, une pointe de racisme, un groupe terroriste prêt à tuer pour stopper la multinationale, des gens sans scrupules, d’autres violents, des arrivistes qui visent le sommet, un manipulateur pervers narcissique dangereux, amour fou et attirance incontrôlables, voilà les trames du passé…..

Une Andy obligée de fuir parce que sa mère a tué, on est bien dans le présent, un présent dans l’urgence ou il ne faut surtout pas s’arrêter sous peine de…….  ces deux temps s’entremêlent parfaitement, nous tiennent en haleine, sans jamais nous perdre. Suspense et rebondissement, garantis. Petit à petit on délie les mailles du filet et on passe par toutes les émotions et parfois une certaine frustration mue par une colère et finalement beaucoup d’empathie quand on découvre ce que Laura a vécu…. non non je n’en dirai pas plus, j’en ai déjà trop écrit !!

Andy qui n’a jamais vraiment brillé dans sa vie, va enfin pouvoir prouver qu’elle est capable et plus forte qu’elle ne le suppose. Cette fuite qu’elle n’a pas voulue mais qu’elle va devoir subir malgré elle, va lui permettre de prendre confiance en elle, de se découvrir et aussi de découvrir qui est réellement sa mère. Les premiers pas seront maladroits parfois -ne serait-elle pas du genre à se jeter dans la gueule du loup- mais au bout du compte elle assure !

Karin Slaughter nous tient en haleine psychologiquement, on ressent des émotions diverses et contradictoires et on a la peur au ventre parfois parce qu’on est embarqué sur la route de l’Idaho avec Andy, à bord de cette vieille voiture. Parce qu’on s’endort dans ces motels miteux du fin fond de l’Amérique profonde, on est seul et coupé du monde, il faut avancer à l’aveugle pour connaître la vérité et on travaille sans filet. En parallèle on découvre ce passé inimaginable, on sait qu’il y a forcément un lien avec tout ce qui arrive maintenant, mais au début on ne trouve pas lequel…..

Bien joué Karin Slaughter…… si je suis prête à lire un autre livre de cette auteure ? Evidemment !!

EDITIONS : Harper Collins Noire – ISBN 9 791033 902300 – 573 pages – Avril 2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s