L’ASSOMOIR

EMILE ZOLA 

9782253002857-001-TEnfant battue, boiteuse de naissance et si jolie cependant, enceinte à 14 ans et jetée sur le pavé par son amant Lantier,  Gervaise épouse Coupeau, l’ouvrier zingueur qui ne tarde pas à s’accidenter et à sombrer dans l’ivrognerie, l’entraînant elle-même dans la déchéance alcoolique.

La jeune fille rieuse d’autrefois devient clocharde parmi ce peuple faubourien grouillant de malheur qui se détruit pour oublier sa misère. Possédé jusqu’à la folie et à la mort, peint par Zola avec une infinie pitié humaine, le couple s’abandonne au poison de « cette source lente et entêtée qui inonde le trou immense de Paris ».

Le grand Zola a encore frappé, quel plaisir de le lire même si ce roman est empreint de misère, de débauche et de noirceur. Zola c’est le maître absolu, dans sa façon d’écrire et de décrire, dans son style unique au vocabulaire d’antan mais qui fait tellement de bien à lire, même s’il faut parfois un dictionnaire pour décoder.

L’assomoir c’est le bistrot du coin qui comme son nom l’indique parfaitement, assomme à coup d’alcool et détruit, petit à petit, des vies. C’est l’endroit où se retrouvent tous les soiffards des environs et quand on y entre, il semblerait bien que l’on soit fichu !!

C’est avant tout l’histoire de Gervaise, jeune fille arrivée de Plassans avec ses deux enfants et son homme, Lantier, une fripouille de première,  pas bien courageux, qui n’aime pas la misère et flaire les bons plans, à savoir, des femmes avec un peu d’argent qui lui permettront de ne pas travailler et de profiter. Le personnage a un certain charisme il présente bien, possède une excellente élocution et il est maître dans l’art de la manipulation, il me ferait presque penser au bel Ami de Maupassant.

Gervaise se retrouve vite trompée puis abandonnée par Lantier, Il lui faudra travailler dur pour nourrir ses deux enfants mais c’est une jeune femme courageuse et droite moralement. Lorsque Coupeau, ouvrier Zingueur,  gentil mais pas malin pour deux sous, lui fait la cour, elle est d’abord réticente, mais elle finit par accepter une proposition de mariage, est-elle réellement amoureuse de Coupeau ? pense t’elle encore à Lantier, ?Gervaise recherche une sorte de stabilité et peut-être aussi une sécurité financière dans ces temps où la misère est partout, puis une femme seule avec deux enfants ce n’est pas bien vu à cette époque.

Coupeau est gentil, travailleur, ils vont réussir à s’installer tous les deux et auront une petite fille Nana. Tout semble aller pour le mieux, Gervaise a même réussi à économiser pour concrétiser un rêve qui la taraude depuis longtemps, ouvrir sa propre blanchisserie. Pas de chance, Coupeau tombe d’un toit et se blesse grièvement, toutes les économies de Gervaise passent dans les soins de son mari, mais une bonne fée du nom de Goujet, -le voisin de palier, amoureux secrètement de Gervaise-, lui prête de l’argent et lui permet ainsi de réaliser son rêve.

Voilà notre Gervaise installée, les affaires marchent et la misère est terminée. On souffle, on se réjouit, Gervaise a enfin un peu de bonheur, elle est travailleuse et son courage a finit par payer. Bien sûr les jalousies font rage, les commérages aussi mais Gervaise ne s’en occupe pas, elle fait tourner son affaire et nourrit tout le monde, y compris Coupeau qui ne semble pas pressé de retrouver un emploi.

Coupeau se noie dans l’alcool et devient désagréable, Gervaise tente de tenir la boutique et la maison à flot, mais c’est compliqué quand son mari boit l’argent durement gagné. Un malheur n’arrive jamais seul, Lantier est de retour et on se doute bien qu’il ne nourrit pas de saines intentions. Rusé, il arrive à se faire accepter par Coupeau, pire, il finit par habiter sous le même toit que le couple et le dirige, de ce fait, droit vers l’abîme.

Gervaise a toutes les cartes en main pour réagir, après tout c’est elle qui dirige la boutique, elle est un peu le chef de famille, il lui suffirait d’être plus sûre d’elle, de s’imposer, de ne pas se laisser embobiner par Coupeau et Lantier et de garder le cap. Mais Gervaise n’est pas armée pour faire face aux deux larrons et peut-être même qu’elle n’en a pas envie, ils l’entraînent lentement aux portes de l’enfer et pour son plus grand malheur, elle retombe dans les bras de Lantier.

C’est la décadence, la déchéance humaine, quand Lantier à grapillé tout ce qu’il pouvait, il se tourne déjà vers une autre proie, Gervaise sombre à son tour dans l’alcool, c’est noir et triste et rien ne peut arrêter cette chute vertigineuse. On garde espoir, on se dit qu’elle va se relever,  Gervaise croupit désormais dans un petit logement et dans le dénuement le plus total, crevant de faim, comment a-t’elle pu tomber si bas !!

On s’attache forcément à Gervaise qu’on aurait envie de protéger, cette jeune femme a de belles qualités, elle est honnête et surtout travailleuse. On déteste d’emblée Lantier parce qu’on devine de suite à quel point il est enjôleur, manipulateur, sans coeur et un peu narcissique. On a de la pitié pour Coupeau, gentil mais un peu bête, puis on finit par le haïr lui aussi parce qu’il est le premier à emmener le couple dans la misère.

C’est le Paris de 1877, une époque où les hommes règnent en maître, où ils peuvent battre et tuer femmes et enfants impunément, on le remarque d’ailleurs très bien dans le livre. C’est le Paris de la misère de certains quartiers, misère matérielle ou intellectuelle où tout semble si sale qu’on oserait même pas y mettre le pied. Le Paris des gens jaloux de la réussite des autres, des commérages et des fausses informations, ça n’a pas changé de nos jours….. et il y a l’alcool ce fléau qui fait des ravages dans les vies et qui détruit tout à petit feu…. Ce roman peut parfois être très stressant, il heurte et chamboule par sa noirceur…. Il fait peur…. mais …..

C’est du grand Zola et je suis fan !!

Editions : POCKET –  EAN : 9782266205146 – Mars 2010

592 pages

 

 

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