UN BÂTARD EN TERRE PROMISE

AMI BOUGANIM

65437Comme tant d’autres de la diaspora juive marocaine dans les années 60, le narrateur, bâtard judéo-berbère  et sa mère quittent les terrasses heureuses de Casablanca pour rejoindre la terre promise d’Israël.

Du mellah, de la casbah et du quartier colonial Français, de cette diversité culturelle il ne leur reste rien. C’est le désert qui les accueille. L’apprentissage est rude, ascèse militaire pour se défaire du passé et rejoindre l’idéal communautaire du kibboutz. Mais pour lui sa mère est sa seule patrie, son seul lien avec le monde, pour elle il est son seul devenir, lorsqu’elle meurt il l’embaume.

Le récit passionnel de cette inadaptation est une sourde charge contre l’administration Israélienne, contre ses dirigeants politiques, religieux et militaires, contre l’éthique nationale expansionniste. Mais faut-il prendre un roman à la lettre .

Ce livre n’est pas simple à chroniquer parce qu’il reflète une réalité d’antan, celle d’Israël qui dans les années 60-70, n’était encore qu’à ses balbutiements, un tout jeune état aux  premiers pas maladroits, bercé par des guerres et des conditions souvent rudes pour ceux qui décidaient de s’y installer.

Une alyah c’est un énorme bouleversement, on doit quitter une vie pour s’en reconstruire une autre ailleurs avec tous les écueils que cela comporte et chacun ressent ce nouveau départ de façon totalement différente, selon son vécu  mais aussi en fonction des objectifs qu’il s’est fixés et de ses attentes dans un nouveau pays qu’il va devoir apprivoiser.

Dans ce livre il est question de l’alyah de Cid -j’ai presque du mal à écrire son nom parce qu’il n’est pratiquement jamais cité -, et de sa maman dont il est très proche,  une relation fusionnelle qui pourrait sembler étouffante parfois, il vit pour elle, elle vit pour lui, il ne semble pas y avoir de place pour quelqu’un d’autre et cette maman est son seul point d’attache, telle une ancre qui, si elle se brisait, ferait tout chavirer.

Cid a un problème identitaire, il est élevé par une mère juive, qui va bien sûr lui transmettre la religion mais il ne connaît pas son père, dont on ne lui parle jamais, il n’a donc aucun point de repère masculin, il se qualifie de « bâtard »….. –je ne sais pas pourquoi ce nom me fait l’effet d’une insulte et agresse mes oreilles-,  je n’ai rien relevé dans le livre qui laisserait penser que son père est de religion différente (ou alors je suis passée à côté) ce qui pourrait accentuer son problème d’identité.

Cid n’est pas le style de garçon expansif,  il travaille à l’école mais s’ennuie aux cours du talmud Torah, heureusement qu’il a sa mère pour partager la littérature et les sorties au cinéma, il se sent néanmoins bien dans son quartier de Casablanca dans ce petit appartement sur une terrasse avec deux chambres, une cuisine, une salle de bains, et, cerise sur le gâteau, une cheminée, bien pratique pour les soirs d’hiver. C’est marrant comment l’auteur arrive à nous faire apprécier cet endroit, même s’il ne semble pas idyllique.

Quand sa mère prend la décision de partir pour Israël il n’a pas d’autre choix que de la suivre, d’ailleurs il la suivrait partout, elle est son autre, son oxygène, il ne pourrait vivre sans elle. Si sa mère part par idéal et par conviction religieuse, espérant une vie meilleure sur la terre de ses ancêtres, il n’est pas du tout dans cette optique et la découverte de son nouveau pays ne va rien arranger.

Bien sûr que c’est difficile, c’est une nouvelle naissance,  -dans le cas de Cid, cela pourrait s’apparenter à une mort lente au sens figuré-  il faut tout réapprendre, on sait ce que l’on quitte, on ne sait pas ce que l’on va trouver, c’est une fois sur place que l’on réalise ce qu’on a perdu et ce que peut-être on ne trouvera jamais.

Si sa mère commence lentement à s’acclimater, lui en revanche il se renferme. C’est un bon citoyen, il fait son service national sans rechigner,  il est brillant dans son travail  -et encore il ne fait pas ce qu’il souhaite puisqu’il voulait être médecin-  mais il n’a pas d’amis, pas de vie sociale parce qu’il n’en veut pas, il a sa mère, ça lui suffit.   Il ne s’aime pas, il se déteste même,  il n’a pas confiance en lui et dans cette situation il est évident qu’il ne peut pas avoir confiance en l’autre, il rejette sa propre image négative sur les autres et surtout sur le pays, un pays qu’il semble mépriser viscéralement et où absolument rien ne trouve grâce à ses yeux.

Inconsciemment, le jour où sa mère décède,  Cid meurt avec elle et bien qu’il soit toujours là physiquement, il n’est plus vraiment dans le monde des vivants. C’est étrange et lourd…. je ressens ce malaise, je suis une peu perdue au milieu des pages et je déteste ce plaidoyer contre Israël, contre ses habitants, contre la religion, l’armée, l’administration, …. cette  haine est tellement féroce qu’elle en devient flippante mais peut-être qu’il faudrait que je sois encore plus bouleversée par cette fusion indéfinissable entre une mère et son fils et ne pas attacher une telle importance à cette alyah qui le fait souffrir de tout son être.

Un moment donné j’ai cru que j’allais arrêter la lecture, parce que ce livre me déprimait au plus haut point et il me faisait bondir aussi,  j’avais du mal à m’y retrouver…. mais je ne pouvais pas, j’étais comme captée par l’écriture qui est, il faut l’avouer,  très belle, et peut-être que je voulais, inconsciemment,  trouver un petit point positif qui aurait pu dire « Oui Israël a des défauts, tout n’est pas parfait » d’ailleurs  la perfection n’existe pas et si elle existait quelle pourrait en être sa définition ? « Non ce n’est pas possible d’haïr un pays à ce point »…..

Je reste  perplexe, je n’ai peut-être pas abordé ce livre comme il le fallait, je ne l’ai peut-être pas ressenti de la bonne façon, je suis peut-être passée à côté de l’essentiel et de ce qu’il fallait retenir….. l’amour d’un fils pour sa mère…… je n’ai peut-être pas compris ce que l’auteur voulait transmettre….. je ne regrette pas de l’avoir lu, peut-être qu’un jour je le relirai en le recevant autrement…..

EDITIONS : LA CHAMBRE D’ECHOS

ISBN : 9 782913 904651

1er trimestre 2018 – 173 pages 

 

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