NANA

EMILE ZOLA

9782253003656-T

Dans les dernières années du Second Empire, quand Nana joue le rôle de Vénus au Théâtre des Variétés, son succès tient moins à son médiocre talent d’actrice qu’à la séduction de son corps nu, voilé d’une simple gaze. Elle aimante sur scène tous les regards comme elle attire chez elle tous les hommes : tentatrice solaire qui use de ses charmes pour mener une vie de luxure et de luxe, de paresse et de dépense.Grâce à elle, c’est tout un monde que le romancier parvient à évoquer, toute une époque et tout un style de vie.Ce neuvième volume des Rougon-Macquart est une satire cinglante des hautes sphères perverties par une fête qui ruine le peuple et détruit les valeurs.

Les 50 premières pages du livres m’ont paru très longues, elles décrivent la pièce de théâtre dans laquelle Nana va faire l’apparition qui va marquer le tout Paris et être le point de départ de l’histoire. Beaucoup de personnages, -je m’y perdais-, des descriptions certes intéressantes mais qui finissaient par me barber,  un bref instant j’ai eu envie de lâcher,  mais abandonner Zola au milieu d’un livre ça serait commettre  un sacrilège, je me suis accrochée et j’ai eu raison.

Nana n’a aucun talent artistique, elle chante faux, ne retient pas ses textes et n’est même pas capable d’arriver sur scène au moment où elle doit paraître.  Pourtant, une fois sur les planches elle fait l’unanimité grâce à sa beauté, sa façon très sensuelle de se mouvoir et sa presque nudité avec laquelle elle joue sans se démonter. Dès lors, toute la gent masculine est à ses pieds et se presse pour obtenir ses faveurs.

Nana est une pauvre fille dans tous les sens du terme,  elle n’est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, elle doit élever un enfant qu’elle a eu à 16 ans, elle ne possède pratiquement pas d’instruction et manque parfois d’intelligence. Elle a cependant bien compris que son charme et son corps vont être une arme puissante pour y arriver et gravir les sommets de cette société bourgeoise du second empire ou l’on aime étaler ses richesses dans les hôtels particuliers. 

La frivolité est de mise en cette fin de 19ème siècle,   des messieurs bien sous tous rapports avec des titres tout aussi honorables les uns que les autres qui sont finalement de grands adeptes des filles de joie et ne s’en cachent presque pas. Les femmes ne sont pas en reste non plus, les prostitués ont pignon sur rue et dans les sphères bourgeoises, les femmes s’adonnent aussi à la tromperie.

Rien ne résiste à Nana, quand elle veut elle obtient en vendant son corps. Femme enfant capricieuse qui dépense sans compter l’argent que lui donnent les hommes, elle fait l’effet d’une mante religieuse qui dévore ses amants et les laisse sur le flanc. Elle n’hésite pas à les ruiner un à un, en tire le meilleur profit et une fois qu’ils n’ont plus rien à donner elle les jette comme de vulgaires objets.

Nana m’a bien vite énervée je dois l’avouer, une cervelle de moineau, une femme vénale dépourvue d’honnêteté morale, une capricieuse, prête à tout pour y arriver. Elle finira par attirer le plus gros des poissons dans ses filets,  le comte Muffat qui a pourtant bien tenté de résister.  On se demande d’ailleurs comment cet homme,  souvent humilié, fait pour rester à ses côtés. Il est fou d’amour pour sa belle, elle peut tout lui demander, il obtempère sans jamais lui poser de question, au risque parfois de perdre sa fortune personnelle et sa réputation.

Nana  envoûte les hommes et sait en tirer le meilleur parti, l’argent, parce que c’est grâce à lui qu’elle se sent toute puissante et qu’elle peut régner. Elle dépense sans compter, elle dilapide même et ça nous donne bien vite le tournis, j’ai parfois été écoeurée par tant de futilités.

Nana ne se contente pas de prendre, elle détruit aussi et parfois avec une telle férocité qu’on en reste horrifié.  Rien ne semble avoir d’importance à ses yeux sauf  le paraître,  elle veut briller,  elle va se soucier de ce que les gens peuvent penser d’elle, elle veut le meilleur et elle l’obtient. Les hommes n’ont finalement que peu d’importance, ils sont juste le moyen par lequel elle peut y arriver.

Elle va cependant s’éprendre de Fontan, un acteur minable raté et sans le sou.  Durant cette période Nana peut enfin conjuguer le verbe AIMER, c’est une Nana métamorphosée qu’on peine à reconnaître. Amoureuse, elle subit tout, jusqu’à la violence de cet amant sans scrupule et antipathique. On se dit que l’histoire va basculer, que le règne de Nana est terminé, j’ai de la peine pour elle et regretterais presque ses heures de règne mais Nana renaît de ses cendres et repart de plus belle dans ses excès.

Elle va s’amouracher de Satin, jeune catin qu’elle va installer dans son hôtel particulier sans que le comte Muffat, à qui elle a promis fidélité, ne puisse dire quoi que ce soit. On comprend vite que Nana entretient une relation amoureuse avec la jeune femme, relation que Zola nous dépeint avec tact  sans jamais vraiment la nommer et qui ne détonne presque pas dans cette époque des années 1880.

Ce qui est assez déroutant finalement c’est que ce monde de bourgeois s’entend plus ou moins, il y a ce petit cercle masculin où chacun bénéficie des charmes de Nana et sait parfaitement que l’autre aussi, ces messieurs feignent de l’ignorer, c’est chacun son tour et chacun son jour, c’est à peine croyable !!!

Combien de temps cette femme peut-elle régner ainsi et flirter avec les sommets sans jamais se brûler, jusqu’où peut-elle aller et jusqu’où va t’elle aller ….. Zola explique tout,  il étale les richesses de cette société avec rigueur et précision,  l’honneur côtoie parfois le déshonneur,  l’honnêteté flirte avec la  malhonnêteté, les contrastes s’attirent et se rejoignent, la prostitution n’est même pas choquante, le sexe qui pourrait sembler tabou ne l’est pas vraiment, le nerf de la guerre c’est le pouvoir et l’argent, exit la morale et les valeurs.

J’ adore les descriptions et la  justesse du détail ainsi que l’emploi des mots anciens qui aujourd’hui ne sont plus usités. On est plongé avec délice dans ce Paris un peu vicieux, léger et hypocrite qui s’achemine vers une guerre dont personne ne semble réellement se soucier. Vu sous l’oeil et la plume de Zola tout prend une grande dimension et c’est vraiment savoureux.

Heureusement que je n’ai pas lâché le livre, je l’aurais regretté même si je sais qu’il ne fait pas partie de mes préférés parce que dans la série des Rougon Macquart il y a d’autres formidables pépites.

 

J’ai opté pour la collection livre de poche mais le livre que j’ai réellement lu est une édition ancienne reliée couverture cuir des éditions RENCONTRE LAUSANNE, pas d’ISBN, je mentionne donc ici les coordonnées des éditions livre de poche.

EDITIONS : livre de Poche – Août 2003 – ISBN 978-2253003656 – 508 pages 

2 réflexions sur “NANA

  1. Coucou Ysa !
    Quel plaisir de te retrouver ici, si tu savais comme je t’ai cherché !!!
    En plus tu parles de livres, on va encore s’entendre 🙂
    Pour Zola as tu lu ‘ la joie de vivre », magnifique, il y a eu un film aussi qui passe souvent sur les chaines canal sat ; je te conseille ce livre et si tu veux lire encore plus, les grands classiques par exemple, il y a un site Québécois qui gratuitement et légalement donne des centaines de titres – dont tout Zola- dans plusieurs formats, pdf, liseuses ect !!!
    Je te souhaite une bonne journée et bientôt !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Aimé par 1 personne

    1. Quand j’ai vu le Simorgh j’ai tout de suite pensé à toi et te voilà….Je ne sais pas comment tu m’as retrouvée mais tu vois finalement le monde est petit… je suis contente de te retrouver et de revoir ton blog (mais tu ne l’alimentes plus on dirait). J’espère que tu vas bien. J’ai prévu de relire tout Zola que j’adore (sauf Germinal que j’ai déjà lu au moins trois fois). Je privilégie le format papier car avec une liseuse je n’y arrive pas et j’aime avoir les livres dans la bibliothèque. Bonne fin de journée à toi également et à bientôt.

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s