ILS REVAIENT DES DIMANCHES

CHRISTIAN SIGNOL

857299975Pour la plupart des familles françaises, passées en trois générations de la paysannerie à l’université, le XXème siècle a été un formidable ascenseur social. L’histoire de ma famille maternelle est symbolique de cette évolution et c’est pourquoi j’ai eu envie de le raconter. Ce que nous sommes aujourd’hui, nous le devons au travail acharné, aux sacrifices, à l’obstination de nos aïeux , de nos parents qui ont lutté pour que leurs enfants, leurs petits enfants, un jour vivent mieux. Leur vie sur une terre que parfois ils ne possédaient pas était rude, difficile ; ils rêvaient de dimanches pour prendre enfin un peu de repos, leur seule récompense avec le pain de chaque jour.

Christian Signol, dont c’est le premier ouvrage que je lis, nous dresse avec beaucoup de tendresse et de sensibilité le portrait de son grand père Germain, une description très touchante et pleine d’amour et de respect pour un homme qui aura passé sa vie à travailler durement pour s’en sortir et donner un avenir à ses enfants.

L’auteur nous plonge dans le monde paysan où les saisons rythment la vie et où la terre est bien souvent le seul moyen de subsistance. Dès les premières pages, nous faisons connaissance avec Eugénie, la maman de Germain, une jeune femme courageuse que la vie n’a pas épargnée.  Malgré sa jeunesse et ses déboires, elle n’hésite pas à aller travailler sur Paris afin de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de Germain et leur assurer un avenir. Le petit garçon grandit sans cette mère qu’il vénère et qui lui manque terriblement. Quand enfin ils sont réunis dans cette petite maison de pierre sur le causse du Hameau de Murat ce n’est que provisoire, le destin va de nouveau s’acharner.

Germain qui est encore bien jeune va prendre son destin en main et s’assurer un avenir professionnel. Il a trop subi l’influence de la terre et de ses caprices, il sait à quel point le travail est harassant et que cette terre ne rend pas toujours ce qu’on lui a donnée, il  choisira le métier de boulanger et la suite nous prouvera qu’il a bien fait de préférer cette voie.

Christian Signol nous enchante avec les paysages magnifiques qu’il décrit si bien, le causse, la vallée qui s’étend à perte de vue, l’Auvergne à l’horizon, les maisons de pierres brutes, les toits de Lauze, les ruisseaux qui serpentent, les routes en lacets,  on en oublierait presque que ce tableau idyllique cache une vie austère et rude, une vie de misère parfois,  une vie qui ne connaissait pas de repos, une vie où il fallait travailler tout le temps, sous la froidure de l’hiver comme sous la chaleur de l’été.

L’auteur nous parle avec amour des liens fraternels qui unit sa famille. Même s’il n’y a pas de grandes effusions ou démonstrations -la pudeur étant de mise-  ils peuvent compter les uns sur les autres et c’est la plus belle de leur richesse.

Germain va traverser une bonne partie du XXème siècle  et affronter deux guerres,  -la première l’ayant meurtri dans sa chair à jamais-,  menant sa barque d’une main de fer, avec une droiture et une honnêteté exemplaires, ne perdant jamais de vue la ligne de conduite qu’il s’est fixée, prenant grand soin des siens et des autres aussi jusqu’à parfois s’oublier.

Je me suis plongée dans ce livre avec délice, j’ai adoré me promener avec Eugénie et Germain sur les sentiers Corréziens, je me suis attachée aux personnages pour qui je ressens une réelle admiration. J’ai été heurtée par cette vie de labeur, cette rudesse, cette brutalité de destins malmenés et tous ces jours incertains qui font partie du quotidien de cette famille…. j’ai surtout aimé cette authenticité qui n’existe plus aujourd’hui, ce courage à toute épreuve et cette force de continuer….

J’ai quelques attaches avec la Corrèze, j’y ai passé tous mes étés étant enfant, je vais certainement bientôt y aller, peut-être qu’au hasard d’une promenade, j’apercevrai moi aussi la maison d’Eugénie et de Germain plantée sur le bord du Causse, je regarderai alors si la grande clé est suspendue sur le mur, je rentrerai et j’irai m’asseoir tranquillement dans le cantou…..

EDITIONS : France Loisirs avec l’autorisation des Editions ALBIN MICHEL 2008 – ISBN 9 782298 022933 – 379 pages

 

 

 

 

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