LA CONQUETE DE PLASSANS

EMILE ZOLA

61ph1rSxq9L

Il détachait son cheval, dont il avait noué les guides à une persienne lorsque l’abbé Faujas, qui rentrait, passa au milieu du groupe avec un léger salut. On eût dit une ombre noire filant sans bruit. Félicité se tourna lentement, le poursuivit du regard jusque dans l’escalier, n’ayant pas eu le temps de le dévisager. Macquart muet de surprise hochait la tête murmurant : « Comment mon garçon, tu loges des curés chez toi maintenant ? et il a un oeil singulier cet homme. Prends garde, les soutanes ça porte malheur !! »

Les premières lignes du livre pourraient sembler banales et peu accrocheuses mais ça serait oublier qu’on entre dans l’univers d’Emile Zola, ses histoires, ses décors et son écriture magistrale.

La conquête de Plassans est le tome 4 de la longue saga familiale des Rougeon Macquart, le livre est sorti en 1874. La ville de Plassans, anciennement Bonapartiste est désormais gouvernée par les légitimistes. L’abbé Faujas, prêtre de tendance Bonapartiste est envoyé à Plassans pour tenter de faire revenir la ville dans son mouvement initial.

Il est hébergé chez la famille Mouret, une famille de petits bourgeois qui a fait fortune grâce au négoce du vin. François Mouret, 45 ans est le chef de famille, d’un naturel moqueur et pingre, il n’aime pas les curés et dirige sa maison d’une main de fer avec des habitudes et des rituels dont il est difficile de se soustraire.

Marthe son épouse est plutôt effacée, elle subit cet homme sans jamais trouver rien à redire, elle s’occupe de la maison, des enfants, – deux garçons Octave et Serge et une toute jeune fille Désirée quelque peu attardée- son plaisir, se mettre sur sa terrasse et repriser le linge, elle ne sort pratiquement pas de la maison. Comme son mari, elle n’est pas portée sur la religion. Rose, est attaché à leur service depuis longtemps, elle règne sur la cuisine et n’hésite pas à tenir tête au chef de famille.

Lorsque François Mouret annonce à son épouse qu’il a loué le second étage à un curé, celle ci est mécontente, elle souhaite sa tranquillité et n’admet pas qu’un inconnu vienne habiter dans sa maison, mais petit à petit, elle sera conquise par l’homme d’église qui va se faire accepter et même aimer, de façon très très habile.

Ainsi débarque l’abbé Faujas, petit curé de campagne insignifiant, presque transparent qui ne veut surtout déranger personne mais qui habilement et perfidement va se glisser dans la population de Plassans avec un but bien précis, la conquête de la ville.

Qui pourrait être impressionné par cet homme si humble à la soutane élimée qui débarque un soir de septembre avec sa mère et quelques cartons pour effets personnels, s’excusant presque d’être là et acceptant d’être logé dans des conditions plus que précaires ?

Petit à petit, L’abbé Faujas se fait une place dans la maison des Mouret et finit même par s’y imposer en devenant le maître grâce à Marthe qui est totalement sous son emprise. On assiste alors à l’éclatement et à la destruction de la famille Mouret.  Marthe qui n’était pas du tout une femme d’église devient totalement impliquée et habitée par l’esprit divin et Faujas la manipule comme il le souhaite. François Mouret que l’on pensait fort ne résiste pas, il  est très vite hors jeu, sa femme commence à lui tenir tête, il n’est plus maître chez lui et finit par s’isoler dans une pièce de la maison, ne sortant que pour dîner.

L’abbé Faujas est en marche, rien ne pourra l’arrêter, il prend pleine possession de la maison qui semble être la sienne, sa mère sympathise avec Rose la servante, et Marthe est sous le charme, prête à tout pour cet homme dont elle est secrètement amoureuse. Désormais il fréquente les salons où tout se joue et se déjoue, les alliances secrètes de la bonne société, les commérages, les grandes idées, des salons où les femmes règnent secrètement et où la mère de Marthe est maître en la matière.

On se fond avec  bonheur dans ces endroits feutrés où il faut montrer patte blanche pour être invité, la petite bourgeoisie, les quartiers chics ou chacun est fier de sa réussite et garde jalousement ses acquis. Au départ deux clans s’affrontent plus ou moins avec des idées politiques opposées mais l’abbé Faujas par un de ses tours de passe passe finit par réunir tout ce petit monde. On se délecte des commérages qui bruissent et se propagent à vive allure parmi cette micro société de riches.

La maison des Mouret prend des allures d’auberge espagnole avec l’arrivée de la soeur de l’abbé Faujas et de son mari. Deux personnages vils, assoiffés de pouvoir et d’argent qui vont contribuer au déclin et à l’embrasement du ménage. François Mouret s’isole de plus en plus, déprime et n’est pas très loin de la folie. Marthe est habitée par Dieu, elle passe son temps à l’église, délaisse ses enfants, ne supporte plus son mari qu’elle domine désormais, mais elle est surtout connecté avec la religion, se dévoue, se punit et se consume pour l’abbé qui n’a que faire de cet état.

On assiste avec effarement et impuissance à la montée du petit curé de campagne qui se cache derrière la religion pour assouvir des ambitions politiques et avec tristesse à la descente aux enfers de cette famille qui avait tout pour vivre tranquillement dans leur jolie maison de Plassans.

Le cousin Macquart disait « les soutanes ça porte malheur », la fin du livre nous montre à quel point il avait raison, mais dans cette histoire tout n’est que machination, tout le monde se tient plus ou moins et on finit par ne plus savoir à qui on a affaire.

Un grand bol de  bonheur, quelle joie de se replonger dans la littérature d’antan. Le premier Zola que j’ai lu était Germinal, ce livre m’avait impressionnée à un point qu’il était resté très très longtemps sur ma table de chevet, je ne pouvais le ranger dans la bibliothèque, je relisais parfois quelques pages.

J’ai pris la saga à l’envers, j’ai commencé par le tome 4, je vais aller fouiller la bibliothèque de mes parents, je suis certaine d’y trouver les autres tomes et certainement d’autres trésors qui dorment là depuis si longtemps.

EDITION ancienne sans ISBN j’ai choisi pour illustrer ma chronique la couverture des éditions le livre de Poche 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s