LA FAMILLE KARNOVSKI

ISRAEL JOSHUA SINGER

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La famille Karnovski retrace le destin de trois générations d’une famille juive qui décide de quitter la Pologne pour s’installer en Allemagne à l’aube de la seconde guerre mondiale. Comment Jegor, fils d’un père juif et d’une mère aryenne trouvera-t’il sa place dans un monde où la montée du nazisme est imminente ?

Il y a des livres qu’on ne voudrait jamais terminer parce qu’ils nous enchantent. La famille karnovski en fait partie, c’est une saga familiale qui nous emmène sur trois générations de la vie d’une famille juive Polonaise installée à Berlin dans les années 1900.  Tout est tellement juste et à sa place dans ce roman qu’on a l’impression d’y vivre dedans.

Il y a David le père, un caractère bien trempé, très érudit, adepte du mouvement des lumières juives (Haskala) c’est lui qui décide de quitter son village de Melnitz en Pologne parce qu’il trouve la communauté juive trop rétrograde et ignorante. Il veut s’installer à Berlin,  cette ville représente pour lui la lumière, la beauté et le raffinement, même la langue Allemande le charme au plus haut point.

David réussit son pari, son entreprise est prospère, il se fait des amis et se fond dans la modernité Berlinoise sans perdre de vue ses traditions juives auxquelles il est fortement attaché.

Dès lors, on se retrouve embarqué dans les quartiers juifs du Berlin d’avant guerre avec ses échoppes et les familles qui y vivent, la rivalité, les jalousies, les conditions sociales de chacun, les réussites et des personnages hors du commun comme Salomon Bourak, propriétaire d’un grand magasin de bonnes affaires, bruyant, exubérant, grossier parfois mais qui a le coeur sur la main. Au détour d’une échoppe il y a la librairie d’ Efroïm Walder le sage, l’érudit, un vieux monsieur qui semble vivre hors du monde et qui reste au milieu de ses livres de l’aube à très tard dans la nuit. Le docteur Landau, un original, imposant personnage qui ne s’en laisse pas conter, il gagne sa vie grâce à sa clientèle qui dépose de maigres sommes dans une coupelle. Il occupe un appartement qu’il loue à la famille Karnovski.

Arrive la deuxième génération avec la naissance de Georg, le fils de David et Lea Karnovski, ce jeune garçon a hérité de l’entêtement et du caractère de son père, peu brillant à l’école dans ses premières années, -peut-être par opposition à ce père si savant et qui veut décider de tout-, il a un déclic le jour où il tombe amoureux d’une étudiante en médecine, Elsa, la fille de l’honorable docteur Landau. Dès lors sa voie est tracée, par amour pour sa belle et pour être au plus près d’elle, il sera médecin lui aussi, même si ce n’est pas ce que son père espérait pour lui.

La première guerre mondiale est là , Georg Karnovski est mobilisé et se retrouve  sur le front, dans les horreurs de la guerre. A son retour il est un chirurgien chevronné, il espère retrouver Elsa devenue elle aussi médecin et songe à l’épouser mais la jeune femme n’a pas la même vision des choses.  Sur les conseils du Docteur Landau,  Georg change de spécialisation et devient un éminent gynécologue, il travaille dans la clinique la plus prisée de Berlin, fréquente les salons où se précipite tout le gratin Berlinois, il devient un membre connu et respecté de partout.

Même s’il ne peut oublier Elsa, Georg épouse Térésa, jeune infirmière maladroite qui l’assiste à la clinique. Elsa est  une « goy » (non juive) et bouleverse ainsi les traditions familiales qui veulent que lorsque l’on est juif, on épouse une juive pour éviter ainsi l’assimilation qui à long terme ferait disparaître la race juive. Cette union est inconcevable pour David qui tient à perpétuer les traditions, il est hors de lui et coupe les ponts avec son fils.

De cette union naît la troisième génération de Karnovski.  Jégor est un enfant souffreteux, qui,  même s’il a hérité de certains traits des Karnovski semble avoir du mal à accepter la judéité de son père. Au fur et à mesure qu’il grandit il a honte d’être un Karnovski. C’est un Enfant en mal d’identité, à qui on a rien expliqué et qui se retrouve en pleine montée du nazisme coincé entre le côté maternel « bien comme il faut » de sa mère aryenne  et l’incorrect juif de son père.

D’un côté on l’emmène à l’église, de l’autre on lui parle de la synagogue, comment se construire dans un tel contexte ?   Adolescent mal dans sa peau, avec une haine grandissante pour le côté juif de son père, Jégor ne sait plus où il est et multiplie les provocations qui sont autant d’appels au secours.

Ce sont de beaux portraits que nous dresse Israel Joshua Singer, de la douceur, de la tendresse, de la colère parfois et cette fougue omniprésente de réussir et  de se fondre dans la masse tout en gardant les traditions juives.

On pourrait penser que c’est avant tout une histoire d’hommes, mais les femmes sont attachantes et fortes, même si les portraits qui en sont dressés ne le montrent pas au premier abord. Il y a la douce Léa qui a toujours peur de faire un faux pas et qui supporte tout, pour l’amour de David.

Térésa, l’épouse de Georg qui fait de gros efforts pour faire oublier qu’elle n’est pas juive. Elle met de côté sa carrière d’infirmière pour s’occuper de son fils, elle est mal à l’aise dans les salons et supporte mal le regard des femmes qui se posent sur son mari.

Elsa est libre comme l’air, elle a éconduit Georg et choisi la politique, elle doit affronter un monde d’hommes, elle enchaîne les meeting et devient député, en tant que juive, elle subit elle aussi la montée de l’antisémitisme.

La description des lieux est monumentale, on s’y croirait tellement l’auteur met un point d’honneur à décrire avec précision et dans les moindres détails les rues et les commerces de la Dragonerstrasse. On entend le brouhaha de la boutique de Salomon Bourak, et on imagine parfaitement le personnage qui vocifère dans tout le magasin. On marche sur la pointe des pieds pour ne pas déranger Efroïm Walder qui, éclairé d’une chandelle s’abîme les yeux dans les livres, à côté de lui dort son vieux chat. On s’émerveille de la maison cossue de David et Lea et des centaines de livres qui ornent la bibliothèque. On ouvre grand les yeux sur l’imposante villa du quartier chic de Georg ou tout semble ostentatoire. On est surpris par la vétusté dans laquelle vit le brillant Docteur Landau.

La vie des trois génération s’écoule tout au long du livre et c’est tout simplement délicieux. Il y a de tout dans ce livre, de l’amour, de l’humour, de la tendresse, de l’amitié et même parfois de jolies leçons de morale.

C’est un pavé de plus de 700 pages et quand on le termine on se dit déjà ?

J’aurais aimé connaître la quatrième génération, l’évolution de Jegor avec son mal d’identité et sa haine farouche de la branche juive de son père, mais l’histoire s’arrête là, la porte se ferme juste au moment où il ne faudrait pas….. l’auteur est cependant très subtil, il nous laisse les clés et une piste…..à nous d’imaginer

EDITIONS DENOEL – Collection Folio – ISBN 9 782070 465804 – 754 pages 

 

 

2 réflexions sur “LA FAMILLE KARNOVSKI

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