HISTOIRE D’UNE VIE

AHARON APPELFELD

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Comment un enfant ayant tout perdu peut-il survivre plusieurs années seul dans les sombres forêts Ukrainiennes ?

Aharon Appelfeld a dix ans lorsqu’il s’échappe du camp, sa longue errance le conduira quatre ans plus tard en Palestine où il devra recommencer sa vie.

Ce sont des fragments de vie, des morceaux de mémoire que nous livre Aharon Appelfeld dans HISTOIRE D’UNE VIE et à travers ses écrits, je découvre un homme plein d’humilité mais aussi rempli de souffrances dues à cet horrible passé avec lequel il doit apprendre à vivre. 

Aharon témoigne,  presque sur la pointe des pieds, il nous livre des bribes de vie, un tout petit peu, parfois un peu plus, il chuchote, il aurait presque peur de nous déranger, de nous heurter, parfois sa mémoire fait défaut, elle choisit et sélectionne ce qu’elle a envie.

Aharon a 7 ans lorsque la seconde guerre mondiale éclate, ce n’est pas un petit garçon comme les autres, c’est un enfant calme qui rêve et imagine. C’est un contemplatif capable de rester immobile durant des heures. 

J’aime ses souvenirs d’enfance, quand il nous décrit si bien la maison où il habite, jusqu’à la couleur des tentures aux fenêtres, des plats qu’il mange, des odeurs, et des beaux paysages des Carpates. 

J’imagine très bien ses grand-parents qui parlent en Yiddish, son grand-père très pratiquant qui prie des heures durant à la synagogue, sa grand-mère qui fait de bons gâteaux, son père totalement hermétique à la religion qui travaille trop,  j’aime les rapports presque fusionnels qu’il entretien avec sa mère qu’il vénère.

C’est le bon temps, le temps d’avant la guerre, Aharon est insouciant même s’il a parfois ses peurs d’enfant. 

La suite est terrible, les juifs sont arrêtés, emprisonnés dans des ghettos puis déportés dans les camps de la mort,  Aharon a 8 ans quand il est déporté, ses parents  ne survivront pas mais lui va réussir à s’échapper. Une longue errance commence alors dans les forêts Ukrainiennes, la faim, le froid, la peur, et la solitude.

Des camps, Aharon ne livre pratiquement rien, des flash se révèlent parfois à lui, des chaussures, un corps, une main noircie….   il est un peu plus loquace sur sa survie en forêt, parfois il se souvient d’un lieu, d’une odeur,  du temps qu’il fait, sa mémoire se bloque, elle ne veut pas ou ne peut pas, il se met des interdits, beaucoup de choses resteront profondément enfouies, c’est peut-être mieux ainsi…. 

Il nous parle ensuite de son arrivée en Israël, (à l’époque la Palestine sous mandat Britannique) et de sa difficile adaptation, apprendre une nouvelle langue, étudier, aller à l’armée, se faire de nouveaux amis, se fondre dans le moule et recommencer une nouvelle vie, avec ce passé douloureux qui ne peut pas être totalement occulté. 

Il est tiraillé entre sa jeunesse en Bucovine (Territoire Roumain) avec ses merveilleux souvenirs d’enfant,  puis l’horreur de la guerre, la perte de sa famille, sa solitude.   Il se bat avec son présent, la mémoire et l’oubli s’affrontent pour faire place à la reconstruction mais peut-on reconstruire sainement si on doit faire abstraction de ses racines et de son passé ? 

Ce livre n’est pas une auto-biographie, rien n’est bien rangé ni structuré, ce sont des morceaux assemblés les uns avec les autres, mais c’est fluide et tout en finesse.

Les écrits d’Aharon Appelfeld me font penser  à un ruisseau qui chante et serpente à travers cette forêt des Carpates, il s’écoule lentement mais sûrement….  puis c’est l’horrible chute, une chute qui semble sans fin….  le ruisseau s’agite et se heurte aux cailloux les plus gros, il faiblit, se perd et s’oublie mais il s’accroche et après d’innombrables efforts, il retrouve son lit, il ne sera peut-être plus aussi radieux qu’avant, il chantera beaucoup moins, il aura perdu beaucoup en chemin, mais il est toujours là.

J’aime ce livre, j’aime l’écriture d’Aharon Appelfeld, fluide et limpide comme ce ruisseau. J’ai vécu 8 ans en Israël et j’ai un grand regret, ne pas avoir pu rencontrer ce grand Monsieur lorsque j’y vivais. 

Aharon Appelfeld a fermé les yeux en janvier 2018, j’espère qu’il a enfin trouvé cette paix qu’il a si longtemps cherchée. 

EDITIONS : POINT – ISBN 978 2 02 083794 1 – 212 pages 

PRIX MEDICIS ETRANGER 2004 

 

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